| Darcy Ribeiro |
Anthropologue, il est spécialiste des tribus indiennes d'Amazonie qu'il a défendues en dénonçant une politique d'extermination au profit de l'implantation de multinationales. Recteur de l'université de Brasilia, il fut ensuite ministre de l'éducation du président Goulart. Il dut s'exiler à la suite du coup d'Etat militaire de 1964, notamment au Pérou où il a enseigné. Depuis 1976, il réside de nouveau au Brésil. Il est l'auteur de nombreux ouvrages d'anthropologie et de romans.Darcy Ribeiro est décèdé le 17 février 1997.
Deux derniers livres
Ces gens-là! Auteur: Darcy Ribeiro
A 67 ans, l'ex-ministre, professeur et anthropologue mondialement reconnu Darcy Ribeiro a écrit ce texte, peu de jours avant le 2nd tour des élections présidentielles au Brésil en 1989, desquelles est sorti victorieux Fernando Collor. Indéniablement il est toujours d'actualité.Je suis fatigué d'entendre parler de Lula avec mépris. N'importe quel petit avocat imbécile, parce que diplômé, se croit meilleur que lui, mieux préparé à gouverner. Un intellectuel qui a écrit une poignée de livres, un technocrate qui a mené à bien ou à mal un projet, tous se croient meilleurs que Lula et parlent de lui sans le moindre respect. Pourquoi ? Ces gens-là pensent que l'exercice du pouvoir, à des postes de haute responsabilité, revient à une certaine catégorie de personnes, dans laquelle ils ne rangeraient jamais un ex-ouvrier ou un leader syndical, même s'il a réussi. Pour eux, l'exercice de la Présidence se fait naturellement, quand un personnage politique traditionnel succède à un autre ou quand le pouvoir est donné à un militaire putschiste. Dans ces cas-là, on ne s'enquiert jamais des compétences à gouverner, et on n'invoque aucune incompatibilité. Cela ne devrait pas être comme ça, parce que ce sont ces gens-là qui nous ont gouvernés jusqu'à aujourd'hui, presque toujours de façon désastreuse pour le peuple. Quand on parle de la nécessité de réformes ou de renouvellement, on devrait être en train de parler de l'éloignement de ces gens pour porter au pouvoir présidentiel de nouveaux personnages qui, au moins, n'ont pas démontré leur incapacité à mettre en place et diriger des gouvernements démocratiques capables de promouvoir une prospérité généralisable à toute la population. Le peuple, au contraire, a compris qu'il ne pouvait rien espérer de ces puissants qui ont occupé l'arène politique depuis toujours ou qui essaient d'y entrer par le contrôle des appareils des partis et des médias. Tous, ils parlent de leurs mérites. Que ce soit une énorme expérience dans les affaires publiques, comme gouvernants ou parlementaires. Que ce soit la finesse d'intellectuels complices, mais prêts à offrir au peuple leur capacité supposée à gouverner avec sagesse. Que ce soit le type d'entrepreneurs à succès qui, sachant gagner de l'argent avec leurs affaires, se croient également aptes à gérer les biens publics. Que ce soit même, encore une fois, un général autoritaire avec du talent pour mettre de l'ordre dans le désordre national. L'électorat les a tous rejetés et a envoyé Lula au second tour. Il se peut qu'il se trompe, en élisant mal, demain, le nouveau président, induit comme il l'a été à trouver bon pour le peuple celui que les propriétaires des machines publicitaires veulent nous imposer. Même dans ce cas, pourtant, il vote pour le renouvellement. Et quel plus grand renouvellement peut-il y avoir si ce n'est envoyer Lula à la Présidence du Brésil ? Pour la première fois dans l'histoire y accèderait un homme qui est venu du fond des fonds. Lula est le misérable qui s'en est sorti. Il a réussi mais est resté fidèle à ses origines. Lula s'est construit dans la lutte de toute une vie admirable de leader syndical et de politique populaire en faveur des droits des travailleurs et des citoyens. Aujourd'hui, Lula est autant ouvrier qu'il a été enfant, un jour. Il faut cependant signaler que sa formation, il ne l'a pas obtenue dans les universités, dans les parlements ou dans les casernes, qui sont les matrices de nos classes dirigeantes. Il s'est fait dans les mouvements sociaux qui sont un meilleur environnement pour obtenir un gouvernant apte et loyal, dans un pays qui ne s'en est jamais vraiment sorti, non par la faute de son peuple, mais par celle de ses élites. C'est mon expérience du pouvoir, ici et à l'étranger, qui dicte ce témoignage. Je vois Lula comme quelqu'un de plus compétent que Ulysses ou Montoro, Maluf ou Antônio Ermírio, Garrastazzu ou Pires, Fernando Henrique ou Jaguaribe, pour conduire le Brésil à travers de nouveaux chemins, modernes, d'une modernité socialement responsable et vraiment brésilienne. Avec lui, je suis sûr que nous n'entendrons plus parler du fol orgueil de vouloir être la deuxième économie agricole du monde, produisant du soja pour engraisser des porcs au Japon mais indifférent à la faim du peuple. Avec Lula au pouvoir, personne n'allèguera plus le fait que nous soyons la septième ou la huitième puissance économique au monde, oubliant que nos salaires sont parmi les plus bas de la planète. On se délivrera aussi de cette plaisanterie comme quoi le Brésil est un pays en voie de développement parce qu'on verra enfin que nous sommes en train de nous noyer dans le puits du retard. Par malheur, le 17, notre choix ne se fera pas entre Lula, le nouveau, et une quelconque vétuste figure traditionnelle. Il se fera entre Lula et Collor, qui est bien pire que tous les autres. Pire parce qu'encore plus servile avec notre vieille élite, faite de fils et de petits-fils de maîtres d'esclaves endurcis à coups de méchanceté, de riches descendants d'immigrés qui regardent d'en haut avec mépris ceux qui ne se sont pas enrichis comme eux, et surtout, de cette caste de gestionnaires des multinationales, fidèles seulement à leurs patrons. Vieille et inféconde élite qui a toujours détesté le peuple brésilien, qui l'a toujours maintenu arriéré et affamé, l'utilisant comme simple charbon à brûler pour produire, mais qui défend bec et ongles son hégémonie qui, une fois de plus, menace de se perpétuer. Malgré eux, nous sortirons de la nuit. Source : CMI Brésil Traduction : G. da Costa
Le CD ROM, gestion de projet et réalisation
Dès 1968 il entreprend une étude très approfondie sur les processus de formation de la civilisation américaine et sur les raisons du développement inégal des deux Amériques. Cette étude se soldera par la publication de plusieurs ouvrages qui vaudront à son auteur une notoriété et une reconnaissance internationale. La bibliographie de Darcy Ribeiro est également marquée par la publication de plusieurs romans. Enfin, le parcours politique et idéologique de Darcy Ribeiro est très remarquable. Il est celui d'un homme engagé qui le conduira au gouvernement du Président Joâo Goulart, puis à accepter des charges importantes à la mairie de Rio de Janeiro avant d'être élu Sénateur. Extrait du projet de DEA de Maria Pinheiro |
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